Thomas Gauthier

Le champ des merles

 

 

Où sommes nous ? Je ne reconnais rien. On dirait l’Europe. Et pourtant j’entends le muezzine chanter. Au loin je devine des montagnes, des collines, des prairies. Mais la réalité m’empêche de voire plus loin. Voici un monde de béton.
Alors je reste. Moi aussi je voudrais voyager, voir le monde. Mais vois tu, je suis né ici, sur cette terre qui a vu tant de sang couler, j’ai connu la guerre. Alors il faut partir me dit on. Partir! Mais comment.
Comment t’expliquer, mon frère, certains appellent cette région Serbie, d’autres Albanie. Qui sait ce qu’elle est en réalité! On aurait du mal à trouver en ce monde une autre région de plaine où une vieille tragédie continue à projeter sans relâche, de façon cyclique de nouvelles tragédies. Cette terre porte le nom innocent de Champ des merles, autrement dit Kosovo.

 

 

 

 

« Seigneur, je t’en supplie, concède-moi enfin l’oubli ! Fais en sorte que mon sang soit extrait et emporté hors de cette plaine glacée… oui, mon Dieu, fais bien déblayer la terre tout autour de moi, car il suffit de quelques gouttes pour que se trouve condensée toute la mémoire du monde… »

 

 

 

 

« J’ai entendu une voix en langue albanaise venir de la montagne »

 

 

 

 

« Comment t’expliquer, mon frère, certains appellent cette région Serbie, d’autres Albanie. Dieu sait ce qu’elle est en réalité ! »

 

 

 

 

« Au sortir de l’hiver, lorsque les envoyés du Sultan furent repartis, nous comprîmes que la guerre était inévitable »

 

 

 

 

« Nous avons vu d’étranges choses, mais jamais morts et vivants chevaucher ensemble»

 

 

 

 

« Cela faisait des centaines d’années que durait cette abomination, autrement dit que chants serbes et chants albanais étaient comme le jour et la nuit. Notamment à propos du Kosovo… les uns et les autres l’évoquaient comme leur appartenant, chacun des deux camps ne cessant pas de maudire l’autre. »

 

 

 

 

« On aurait du mal à trouver en ce monde une autre région de plaine où une vieille tragédie continue à projeter sans relâche, de façon cyclique de nouvelles tragédies. Cette terre porte le nom innocent de Champ des merles, autrement dit Kosovo. »