Thomas Gauthier

1925

On pourrait se perdre au milieu de ce calme. Une prairie déserte, un étang, une forêt. Le vent qui fait danser les herbes. Les gens demeurent invisibles, à première vue, mais il y a déjà quelques maisons. Il y a quelques présences, des mains qui nous indiquent une direction, que le voyage peut être doux. Il y a quelques animaux qui font ce qu’ils peuvent pour maintenir leur présence et la manifester à ce monde là. Voici un monde endormi en noir et blanc. Il y a des arbres, puissants centenaires, qui nous incitent à nous laisser porter et qui nous disent qu’il est possible de vivre ici, d’y rester. Essayer d’apercevoir ces visages qui ne se montrent pas car tout entier tournés vers un ailleurs. Des corps qui se courbent, comme si ils voulaient disparaître dans la terre.

Ce sont des photographies de mes grands-parents. Elles ont été prises dans le Limousin, dans le nord de la Haute-Vienne. Là où le relief et les lignes courbes des collines forment un paysage discret, doux et parfois sauvage. C’est sur ces terres traversées par de paisibles rivières et ponctuées d’étangs, de landes et de tourbières que va se refermer le dernier chapitre d’une longue vie commune.

Entre le souvenir et le temps qui passe on construit un puzzle. Il faut délimiter nous-même les frontières entre le passé et le présent. S’accommoder du présent. Apprendre à vivre avec. S’y sentir bien. Devenir soi même. Partir puis revenir, encore et toujours.